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Ouvrage présenté
pour le passage du Diplôme d'Etudes Supérieures
Spécialisées En Recherches et Techniques (DESSERT) en
diplomatie.
Les pacifistes ne le sont en fait pas. Le pacifiste pur se fout éperdûement de la guerre. En fait, il se fout de tout. Il vit n'importe où dans la crasse. Il est inculte, mais il bénéficie de ce qu'on appelle la sagesse des idiots : de par sa misérable existence inconsistente, il a vu et retenu des situations et par comparaison, il peut alors les transformer en règles de vie. Inutile de dire que ce bouseux-là ne sera jamais rien de plus qu'un mendiant parasite qui finira bouffé par les animaux sauvages.
Tout individu un tant soi peu social se doit d'être belliqueux. Par réflexe d'abord, puisque les lutins comme les races alentour ne sont en réalité pas faites pour vivre si près les unes des autres. Mais l'attrait des interactions sociales, les facilités de conditions de vie et la possibilité d'un contrôle sur autrui est un puissant moteur qui rassemble les populations. Plus une population sera nombreuse, plus la concentration de pouvoir sera importante, et plus les gens qui voudront s'accaparer ce pouvoir seront attirés. Puisqu'il n'y a de place que pour peu de monde, il est inévitable que des conflits éclatent. Et pour surmonter ses adversaires, le lutin avisé et ambitieux n'aura de cesse que de combiner, d'anticiper, de réfléchir et de ruser pour acquérir ce pouvoir qui ne s'apprécie vraiment que lorsqu'il n'est pas partagé.
Pour que les pacifistes
soient entendus, ils se regroupent donc en
association, afin d'avoir plus de poids et de pouvoir sur les
autorités. Et c'est là leur perte. Inévitablement,
des lutins dans le
groupe vont penser que leur meneur n'a pas de bonnes idées,
qu'il est
plus lent qu'eux, qu'il ne prend pas les bonnes décisions. Les
luttes
de pouvoir et d'influence dans les sociétés pacifistes
sont d'une
sournoiserie sans pareille : puisque l'affrontement ouvert est
prohibé
par l'idéologie pacifiste, il faut alors évincer
l'adversaire par des
moyens détournés. Les plus connus sont les calomnies
diffamatoires. On trouve également des emphases
offusquées : il est très pratique de passer pour une
victime dans le but de mieux enfoncer son adversaire.
Pour résumer cette
première partie, je dirais que le pacifiste ne fait que mener un
combat contre les combats. Ce qui est ridicule
et paradoxal ( Petit jeu : avec les subtils changements
effectués sur
cette dernière phrase, retrouvez le titre original de cette
partie ).
Prenons un Toumph. Il est grand, fort et globalement stupide. Prenons maintenant un nain, qui est grand, fort et... Bref, ces deux races sont toutes deux plus puissantes physiquement que les lutins. Mais la grande différence entre les Toumphs et les Nains est que les Nains ont été en conflit permanent avec leurs agressifs voisins lutins pendant des siècles. Celà les a amené à toujours rester sur leurs gardes, à inventer des techniques leur permettant de surpasser les lutins. Les Toumphs, eux, sont restés dans leur îlot paisiblement pendant ce temps. Et le résultat est là : les Toumphs vivent encore en semi-nomadisme, ils sont primitifs et n'ont même pas découvert la roue. Les nains ont connu un développement technologique semblable aux lutins, ils sont instruits, bien équipés et ont de vagues notions de philosophie. Ils sont même passés maîtres dans l'art des mathématiques, ces bougres.
Non pas que je jettes des
fleurs aux Nains. S'ils en sont là,
c'est grâce aux lutins. Ces mêmes lutins qui ont bien
sûr bénéficié de
l'émulation des nains, mais il est certain qu'ils auraient de
toute
façon trouvé un autre ennemi, quitte à
s'entre-déchirer.
Et les gnomes me
direz-vous ? Eux aussi sont belliqueux de nature,
mais beaucoup plus que les lutins. Leur taux d'agressivité est
tel
qu'ils n'ont jamais eu le temps de recourir à la technologie.
Quand
votre voisin vous mord la jambe, vous n'avez pas le temps de
découvrir
le lance-pierre, vous devez répliquer tout de suite. De sorte
qu'au fil
des siècles, les gnomes n'ont dû compter que sur leur
corps et leur
ruse pour triompher de leurs congénères. Ils ont donc
développé l'art
de la sournoiserie. Leur corps est devenu une arme remarquable, au
détriment de leur sociabilité et de leur technologie.
Certains gnomes
sont obsédés par cette quête de l'art du combat
à tel point qu'ils
chercheront l'affrontement à tout prix, y compris s'ils ne
peuvent pas
avoir le dessus. C'est pourquoi peu de Gnomes peuvent se vanter de
posséder un quelconque pouvoir : même si le chef est plus
fort, il y
aura toujours dans une gnomite une tête brulée pour
remettre en
question le semblant d'ordre établi. De ce fait, les Gnomes
meurent
jeunes et dans la misère.
Pour les Korrigans, leur
légendaire sens de l'ordre les a conduit
à hiérarchiser au possible leur société.
Ils ont donc un sens social et
patriotique nettement plus développé que les autres
races. En revanche,
et ce sera abordé dans la troisième partie, il leur
manque la graine de
chaos nécessaire à toute créativité, et
c'est pourquoi ils se sont pris
une branlée par l'armée lutine, composée de joyeux
braillards pas
toujours très disciplinés.
Les fées, comme je
l'ai déjà dit, vivent en anarchie. Elles
auraient probablement déjà disparues si le contact avec
les korrigans
ne les avait pas forcé à se remettre en question pour
défendre leur
territoire et leur vie. Elles ont dû recourir à la
stratégie et donc
nommer des responsables. Leur société se
hiérarchise donc petit à
petit.
En conclusion, l'agressivité est un facteur
important de
l'évolution technologique et sociale d'un peuple. Cependant un
trop
plein d'agressivité peut nuire à ce développement,
comme on le constate
chez ces pourritures de Gnomes.
Les lutins,
habitués aux conflits car querelleurs, ont depuis
longtemps intégré qu'un peu de bordel permet une
ouverture d'esprit.
Celle-ci est essentielle pour imaginer stratagèmes et ruses. Un
korrigan sera totalement incapable de se mettre dans la peau d'un
lutin, alors que l'inverse est parfaitement possible. Les conflits dans
la société korrigane sont réglés par un
processus bien établi : si deux
korrigans sont en désaccord, ils doivent aller voir leur
supérieur,
argumenter leur position, et finalement un collège de korrigans
pris au
hasard vont débattre pour nommer un vainqueur. Tout se passe
comme lors
d'un procès. Chez les lutins, on ne s'embarrasse pas de tels
protocoles. Tous les coups sont permis, et celà engendre une
obligation
d'être le plus fort vis-à-vis de son opposant. Peu importe
le moyen
employé, le but est de mettre à bas l'adversaire. C'est
cette liberté
d'action qui a permis aux lutins de prendre une avancée
technologique
remarquable par rapport aux autres races.
Pour tous les détracteurs de cette
thèse, je signalerais que notre
culture et notre art sont bien plus développés que chez
les races
pacifistes. Car l'imagination exacerbée des lutins batailleurs
peut
s'exprimer dans beaucoup d'autres domaines. Chansons, peintures,
statues, Graineball, nous devons tout celà à notre esprit
combatif.
Concernant le graineball,
je vois mal comment pourrait se dérouler ce
sport sans un minimum d'agressivité. Le sport n'est que la
matérialisation de notre besoin de se confronter à
autrui. La liberté
de jeu du graineball est d'ailleurs significative du comportement
lutin, les korrigans auraient probablement cloisonnés le jeu de
telle
façon qu'il aurait été impossible d'entrer en
contact ou de créer une
stratégie. Ca en aurait été superbement barbant.
Pour résumer un peu, on retiendra que conflit
et chaos sont les
pièces maitresses de l'évolution des
sociétés ainsi que des individus
qui les composent. Les avancées technologiques et artistiques ne
sont
possibles qu'à partir du moment où il y a conflit. Un
environnement
conflictuel est nécéssaire à
l'épanouissement individuel et collectif,
on ne le répètera jamais assez. Il faut cependant
reconnaître qu'un
environnement trop dangereux, comme chez les gnomes, est un frein
à
cette évolution. Les lutins sont parfaitement
équilibrés sur ce plan,
et c'est pourquoi on peut dire qu'ils dominent aujourd'hui les races
voisines.